Apprendre son infertilité

 « Blessure narcissique » est le terme employé par les psychologues pour évoquer la douleur intime, immense que ressent un couple lorsqu’il apprend qu’il aura des difficultés à concevoir un enfant. Doutes sur soi-même, perte de confiance, angoisses, souffrances, hyperémotivité sont des sentiments fréquemment éprouvés. Dans ce contexte, chaque couple réagira à sa manière. Selon une enquête citée par le Dr Jean (1) 57 % des personnes interrogées ont estimé que le parcours d’AMP avait eu des incidences sur leur couple. Parmi elles, une majorité (58 %) considérait que l’épreuve les avait rapprochés de leur partenaire contre 42 % qui regrettaient que ce parcours médicalisé ait fragilisé leur union.
Au-delà même de l’annonce du diagnostic, vous devrez également subir les maladresses de votre entourage familial ou professionnel. Entre les questions innocentes, les conseils inadaptés, les encouragements maladroits ou, tout simplement, l’incertitude quant à l’attitude à adopter à votre égard, il est probable que les situations où vous vous sentirez en décalage total avec vos proches vont se multiplier.

Heureusement, les professionnels qui vous accompagneront tout au long de vos démarches sont formés pour vous écouter et répondre à vos questions.

En cas de difficultés émotionnelles ou psychologiques, des spécialistes travaillant en lien étroit avec les équipes de l’AMP sont disponibles pour vous aider à formuler vos attentes, vos peurs, vos motivations, et bien sûr vous soutenir durant les étapes les plus difficiles du parcours.

Côté médecin, la difficulté consiste dès le début de la prise en charge à informer au mieux les couples, à ne pas faire naître de faux espoirs. Comme le rappelle le Pr René Frydman  « Il faut une bonne dose de certitude pour dire au couple en face de soi qu’il vaut mieux arrêter, tant les chances de succès sont infimes (2) » . Une bonne dose de certitude et aussi une bonne dose d’empathie ; il faut aussi savoir orienter les patients, ne pas les laisser sans espoir, sans solution.

Les couples doivent savoir dans quoi ils s’engagent et pour combien de temps. « Nous devons aider le couple à entrer dans un protocole d’AMP puis à en ressortir » poursuit René Frydman. Après deux tentatives, le gynécologue considère qu’il est bon de faire un point avec le couple. Et après quatre échecs, de sortir, au moins provisoirement, du traitement. Certaines équipes formalisent même cela par une sorte de « contrat ». Prendre conscience des limites de la technique est sans doute la condition sine qua non d’un suivi réussi. Sans quoi, le couple risque de s’engager sur la voie de « l’acharnement procréatique ». Si en revanche les méthodes d’AMP sont perçues comme « un coup de pouce technique », une aide ponctuelle, limitée, et bien codifiée, pour parvenir à donner vie à des enfants, et si le couple reste maître de ses décisions, alors le parcours sera, le plus souvent, bien vécu.

(1) Butruille C. & Jean M. Le guide de la Fécondation in vitro. éd. Albin Michel, 2003 ; p : 97.
(2) Pr Frydman R., Pr Bouchard P. La chimie féminine : pour et contre les hormones. éd. Odile Jacob, 2006 ; p : 137.